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Les mémoires de Spirou - Tome et Janry

Le Virus de l'aventure frappe. Dans un port français, Fantasio essaie de photographier un mystérieux brise-glace tenu sous haute surveillance. Au cours de cette tentative, il rencontre notre vieil adversaire John Héléna, dit la Murène, qui a contracté une maladie contagieuse dans l'Antarctique et cherche à rencontrer Champignac pour bénéficier de ses soins.
Fantasio, Héléna et moi organisons une expédition pour livrer de l'antivirax aux malades de la base polaire en détresse. Un gang au service d'intérêts politicopharmaceutiques cherche à contrecarrer notre action.

Nous retrouvons le monde glacé où Champignac découvrit Le voyageur du mésozoïque. La presse évoque la possibilité d'une guerre bactériologique. Les grandes puissances mondiales envisagent le partage des terres polaires, jusque-là délaissées, mais subitement convoitées pour l'immense  richesse de leur sous-sol et leur position stratégique. La station scientifique où nous opérons a été le siège d'expériences visant à créer des virus artificiels. Le site va être nettoyé...et John Héléna, guéri, se reconvertit en guide polaire!



Tome et Janry ne nous laissent pas le temps de souffler. Nous sommes harponnés par Seccotine à l'aéroport, dès notre retour. Elle nous invite à raccompagner en Australie où le comte de Champignac espère extraire un trésor archéologique du sol rocailleux.



Nous empruntons le Vol 714 pour Sydney - rendu célèbre par une aventure d'un de mes confrères - et découvrons les pionniers de la ville minière d'Albuh Mine. (Mes très jeunes papas avaient à cette  époque un faible pour les calembours tirés par les cheveux!) Champignac cherche les vestiges du Kaalson-Long (sic!), dont la possession permettrait aux aborigènes de recouvrer leurs terres, leurs richesses et leurs droits.

Aventure en Australie participe à un grand mouvement de reconnaissance d'un continent longtemps négligé par l'Europe. Me voici précurseur de Crocodile Dundee !

Un peu de repos nous attend dans notre pays d'adoption, la France. En quête d'un appareil photographique, Fantasio se fait refiler un robot qui, s'il photographie, embrasse la frimousse de son patron, marche, prend le bus et se révèle fort capable de filer à l'anglaise. A sa poursuite, nous découvrons dans la gare désaffectée de Champignac une fort jolie personne ficelée.
Nous délivrons ce sosie de Marilyn Monroe, qui se révèle un vrai poison ! Baptisé Cyanure, cet androïde féminin, fabriqué par un chef de gare retraité, a le pouvoir de rendre agressifs les objets et mécanismes électriques ou électroniques. La bonne ville de Champignac va vivre des heures difficiles.

Cyanure fabrique une véritable légion de robots. Une milice de volontaires est levée parmi la population. Elle est rapidement réduite à l'impuissance. Frappés par une onde neutralisante devant leurs postes de télévision, les adultes de la région sont atteints de paralysie, à de rares exceptions près, dont l'inénarrable Dupilon.
Qui arrêtera Cyanure ? Tel est le titre de cette aventure vivement menée!
Je retrouve l'espritA.d.S. en menant la contre-attaque avec les enfants rescapés. Mon scénariste joue la carte « jeunes » : symboles de pureté, de force future et d'espoir, les enfants viennent à bout des robots qui envahissent notre vie et qui, comme dans 2001,l'odyssée de l'espace, menacent d'inverser les rôles et de devenir les maîtres des hommes.

Nous avons pris nos quartiers dans le château du comte de Champignac, qui doit rendre visite à un neveu convalescent. Fantasio brise une bouteille de chloroforme. Nous dormons et rêvons.

Enfin, c'est ce que nous croyons, car, sur le moment même, tout se déroule comme une étonnante réalité. Un engin spatial atterrit brutalement dans la cour du château. A son bord se trouve Aurélien de Champignac, un savant venu du futur, descendant du comte à qui il ressemble trait pour trait, à  l'exception de la direction des pointes de sa moustache. Il est accompagné par Timothée, le snouffelaire, unique spécimen d'un animal obtenu en laboratoire par croisement entre un fox à poil ras et plusieurs variétés de porcidés connus pour leurs facultés olfactives développées. Son museau en forme d'aspirateur avale trop souvent ce qu'il ne faut pas. Et cette charmante mascotte a un caractère épouvantable, l'œil glauque et la désagréable habitude de produire des bulles avec l'arrière-train.

Les grands chercheurs sont rarement prophètes parmi leurs contemporains. Aurélien est la risée de ses concitoyens. Il a découvert que le passage de la comète de Halley aux environs de la Terre, à peu près trois fois tous les deux cents ans, provoque une altération temporelle. Cette conjoncture astrale permet de voyager dans le temps sans en subir les effets. Cette théorie déchaîne les plaisanteries les plus féroces de ses confrères - les scientifiques du futur valent bien ceux d'aujourd'hui! - et Aurélien de Champignac a été surnommé, ironiquement, L'horloger de la comète!

Au XXIe siècle, la pollution et la surexploitation forestière ont fait disparaître à jamais de nombreuses espèces végétales. Aurélien est remonté à notre époque pour y prélever quelques germes susceptibles d'enrayer le processus de désertification. Pour ce, nous nous rendons en Palombie où nous atterrissons en plein XVIe siècle ! La comète de Halley a de singuliers caprices!



Capturés par des Indiens, puis par des conquistadores portugais, nous avons les plus grandes difficultés à nous évader avant de nous réveiller au château de Champignac, toujours chloroformés, le jour même du retour du comte, après le passage de la comète.
Ce rêve aurait donc été une réalité. Je me le demande. Il m'est déjà arrivé, dans le passé, de vivre en songe des aventures temporelles. Jijém'a ainsi baladé dans le futur.
Tome a habilement joué sur l'actualité : il me faudra attendre le prochain passage de la comète de Halley - en 2062 ! - pour revivre une telle aventure. A moins que limagination fertile de mon scénariste frappe une nouvelle fois!
Ce qui va être le cas...

Fantasio aimerait publier le récit de cet étrange voyage. Nul ne le croit, d'autant que le snouffelaire a avalé les rouleaux de pellicule impressionnés au cours de ce périple. Mon ami s'énerve, dégringole une volée d'escalier et se retrouve plâtré de bas en haut!
Cloué dans une chaise roulante devant la télévision - un supplice effrayant lorsqu'on songe à l'indigence des programmes modernes! -, il y voit apparaître le snouffelaire. Le singulier mais intelligent animal nous cherche pour que nous portions secours à Aurélien.
Mais comment venir en aide à quelqu'un qui sera en danger plus d'un demi-siècle plus tard?
Des visiteurs étranges nous font découvrir que nous avons été transportés, à notre insu et avec notre maison, dans un musée du futur.

Nous sommes en 2062. Zorglub Junior contrôle le temps.

La Zorgloge règle l'existence quotidienne de ses contemporains et il cherche à recruter de force des Zorglhommes dans le passé pour grossir les effectifs de sa garde.
C'est Le réveil du Z, la tyrannie triomphante qui veut se lancer dans de nouvelles conquêtes.
Et parmi ses fidèles, nous avons la honte de découvrir deux de nos descendants, à Fantasio et moi.
Quel choc de voir nos traits sur deux de ses séides! Hélas! Les meilleures familles ont leurs canards boiteux!

Avec Aurélien et le snouffelaire, nous ramenons un pacifique désordre dans cette civilisation militarisée. La dictature ne passera pas, sabre de laser!

Nous nous retrouvons dans notre monde à nous où des preuves tangibles nous incitent à croire que cette seconde excursion temporelle n'a pas été un rêve. Tout de même, cela fait un peu drôle de penser que nous aurons tous - Pacôme,Zorglub,Fantasio et moi - des descendants en 2062. Il sera un jour temps de songer à assurer ce programme.

Quel scénariste prendra en charge ce nouveau type d'aventures?
Difficile en tout cas d'y songer pour l'instant : nos fins de mois difficiles vont nous conduire à New York pour boucler notre budget.

Mes amis lecteurs se sont longtemps interrogés sur les péripéties ayant émaillé ma prime jeunesse. J'étais déjà un gamin solide et futé lors de mon entrée au service du Moustic-Hôtel en 1938. C'étaient mes débuts professionnels.

Il aura fallu attendre quarante-cinq ans pour que mes plus récents papas lèvent enfin le voile couvrant cette période mystérieuse. A l'occasion d'un numéro spécial de mon beau journal, le goût de la parodie s'éveille en eux et ils proposent, en 1983, un court récit de cinq planches intitulé « La seule et unique histoire plus ou moins vraie de la jeunesse de Spirou racontée par l'Oncle Paul » (ouf!).

Si l'on en croit cette chronique, je fus abandonné par un inconnu au pied de l'ascenseur du Moustic- Hôtel à l'âge de quelques semaines. Mes parents adoptifs - Monsieur le Groom et Madame l'Hôtesse de cette institution - m'élevèrent dans le respect d'une vocation qui a autant de hauts que de bas. Mon premier costume fut rouge à boutons dorés. Et je portais fièrement un calot qui allait devenir le symbole de mon futur magazine.

C'est à l'école que j'ai appris à apprécier Fantasio, un jeune chenapan blond, qui partageait aussi bien mes tartines que les coups de poing du brutal Poildur, la terreur du préau. Zantafio nous y faisait des niches, tandis que la petite Seccotine endormait notre professeur, le vénérable Monsieur  Champignac, en inventant des détails extraordinaires sur un animal sorti de son imagination, le Marsupilami.

Fantasio découvre dans une pizza surgelée une clé qui, théoriquement, doit nous ouvrir outre-Atlantique un coffre contenant un million de dollars.



Dirigés par un mystérieux mandarin masqué, les gangs chinois s'attaquent à la Maffia italienne poursuivie par une déveine incroyable. Pour lutter contre le sort des astres (et le désastre), Don Cortisone a décidé de recruter un gars chançard. La clé est un hameçon, mais nous repartirons sans le magot, après une série d'époustouflantes péripéties dignes des Incorruptibles, du Parrain (numéros 1 et 2, en attendant la suite!) et de L'année du Dragon. Avec, en supplément, une forte dose de fantaisie et d'humour comme on n'en trouve que dans les bandes dessinées de qualité. Si sérieux, s'abstenir!

Notre impécuniosité nous oblige à accepter les premières propositions qui se présentent. Ainsi, me voici conférencier à la Salle Livingstone.J'expose à un public attentif un petit condensé de mes  aventures intitulé Frousse en brousse. La peur, ça nous connaît, nous autres héros de papier.
Nous la maîtrisons chaque semaine dans les pages de nos glorieux hebdomadaires.

Fantasio veut partir à la recherche de deux jeunes explorateurs, Adrien Maginot et Gûnther Siegfried, qui, en 1938, ont disparu à la frontière du Népal, sur le plateau du Touboutt-Chan. Cinquante ans déjà... Au moment même où mon journal naissait, ces deux intrépides voyageurs s'enfonçaient dans la légendaire Vallée des bannis.

Pour financer notre expédition, nous acceptons l'offre du docteur Placebo de convoyer cinq de ses patients à travers un pays ravagé par la guerre civile. Ces malades souffrent de spasmodia maligna, une forme grave du hoquet chronique. Seules de grandes peurs peuvent les guérir.

Ils ne vont pas en manquer dans un épisode que mes chroniqueurs intitulent successivement
Angoisse à Touboutt-Chan dans mon beau magazine, puis La frousse aux trousses dans sa version album définitive, le quarantième ouvrage de la collection qui m'abrite avec Fantasio depuis 1950.

Nos malades sont guéris, mais nous disparaissons, engloutis dans les flots écumeux d'un torrent brusquement grossi par la pluie. Un tourbillon nous aspire. Le monde s'interroge sur notre sort.
Mes amis fidèles savent pourtant qu'il s'agit d'un suspense provisoire. Spirou ne disparaît pas, et meurt encore moins. Je reste perpétuellement à suivre grâce à l'enthousiasme de mes pères successifs.

Tome et Janry viennent déjà d'achever le second volet de cette passionnante aventure où je leur ai permis, dès mon retour, d'éclaircir le mystère de La vallée des bannis. Et je vis en ce moment de quoi leur préparer encore bien de savoureuses relations futures de mes faits et gestes.
Comme je viens de le dire, ma vie est un éternel à suivre...

 
Franquin
Fournier
Nic et Cauvin
Tome et Janry